Publié le 6 avril 2006 |
Logiciels

Voici un logiciel très imaginatif et très bien fait, mais qui nous laisse quelque peu perplexe quant à la cible de clientèle. Nous nous proposons donc de vous le présenter avant de donner « la parole » à des utilisateurs.
Aphasie et représentation mentale (A.R.M.) fait partie de cette gamme de logiciels paramétrables et même nécessairement paramétrables. Il exige donc une évaluation précise des troubles et de la stratégie à mettre en œuvre. En échange, cela permet une meilleure adéquation, une plus grande finesse d’intervention ainsi qu’une progression claire.
L’installation se fait facilement, si ce n’est qu’il vous faudra choisir votre moment car le logiciel vous demandera d’appeler l’ADEPRIO pour obtenir un code personnel. Mais rassurez vous ils sont très disponibles...
L’écran d’accueil propose quatre choix.
1 - saisie des images personnelles, ce qui n’est pas du plus grand intérêt dans un premier temps et même dans un second sauf si vous avez temps et compétence.
2 - Bilan représentation mentale et mémoire.
3 - Bilan représentation mentale comparative
4 - Rééducation
Commençons naturellement par les bilans qui contiennent les mêmes items, mais présentés de façon différente. Les items sont composés de figures géométriques pas très simples, de dessins complexes et de logatomes, en tout 15 items. Il est nécessaire de paramétrer avant de lancer le bilan : Vitesse plus ou moins rapide (si votre patient réussit en vitesse rapide, offrez lui son congé ET une boite de chocolat..) et déplacement des items de droite à gauche ou l’inverse. Les items vont « passer » plus ou moins vite dans une fenêtre verticale au centre de l’écran. il faudra soit les reconnaître parmi quatre autres (cas de la mémoire), soit dire si les deux items qui passent simultanément sont identiques ou non (comparatif).
A la fin des 15 passages, un « bilan » apparaît, que l’on peut imprimer et qui reprend les items avec leurs résultats.
Notons ici que la présentation générale du logiciel et des paramètres est très agréable, sérieuse mais pas sinistre, avec de jolis boutons à cliquer et une grande évidence d’utilisation.
La partie rééducative doit être davantage paramétrée :
• Le type de dessins
Il peut s’agir d’un dessin normal, ou bien du seul contour ou bien de l’ombre de l’objet.
• Le type d’exercices
L’affichage du dessin peut être total ou partiel.
Dans ce dernier cas, une fenêtre nouvelle apparait avec de nouveaux paramétrages : grandeur du cache (petit, moyen ou grand), déplacement manuel ou automatique. Il faut alors définir (pour le cache automatique) le mode et la vitesse de déplacement (vertical/horizontal) et le sens du déplacement (D-G ou G-D).
• Il faut alors définir les images à travailler, parmi celles proposées dans le logiciel ou parmi les vôtres, si vous avez ajouté vos propres « créations ». Le type de présentation est à préciser : aléatoire, un seul dessin ou bien un choix avant de débuter l’exercice. Divers thèmes seront d’ailleurs proposés, comme les meubles, le sport, les formes, les fruits ou les divers.. Et à l’intérieur du thème, il faudra choisir 6 images dans une liste.
• Enfin, il faudra indiquer sur quel support on veut voir la présentation (images ou mots) et sur quel support on veut trouver la réponse (images ou mots).
Bien sûr cela fait un travail préalable non négligeable, mais d’une part c’est la rançon d’une bonne adéquation entre troubles et intervention, d’autre part avec un peu d’habitude cela va très vite. Par contre, pour le cas précis de ce logiciel, très ciblé quant à sa clientèle, il faudra être très précis et très clair quant à ses objectifs.
La « rééducation » elle-même consiste en des exercices de deux types, selon que vous avez choisi le mode automatique ou manuel. En automatique, l’image (ou le mot) va « passer » plus ou moins rapidement dans la fenêtre, qui sera horizontale ou verticale, étroite ou large ; Tous les degrés de difficulté existent donc.
En manuel, la tâche nous semble plus délicate encore, car le patient doit « promener » sur l’écran noir un cercle qui permet de voir une partie de l’item. L’idée est très ingénieuse et très intéressante et on pourrait sans doute l’appliquer à la lecture de mots ou de phrases.
La fiche des résultats, bien sûr imprimable, donne les informations sur tous les paramétrages et même sur les items, permettant ainsi un très bon suivi.
Ce logiciel a été créé à l’origine pour des personnes atteintes de troubles neuro-visuels et il repose donc sur des fondements scientifiques avérés (Etude de Biziach et coll. en 1979). Un mémoire d’orthophonie a d’ailleurs été écrit à ce sujet par Juliette Girodon (Nantes - 1997) sur le thème « Validation de deux tests informatiques dans la négligence spatiale unilatérale ».
On peut donc être certain que dans le domaine, tout de même rare il faut l’avouer, de la neuro-vision ce logiciel original trouve sa place.
Par contre l’utilisation avec les aphasiques nous semble peu probante malgré le titre du logiciel. La relative difficulté du logiciel et le système même ne nous semble pas pouvoir faciliter réellement parole, langage ou communication.
« Certains orthophonistes le détournent de sa fonction première en l’utilisant avec des enfants. Il s’agit alors d’associer l’image mentale que l’enfant a construite à l’image réelle et globale, en la confrontant à des images proches en forme, en couleur, ou sémantiquement. Ce parcours cognitif visuel qu’il effectue non verbalement s’apparente au parcours cognitif de la recherche de l’image sonore d’un mot : retrouver à partir d’éléments parcellaires et souvent incertains la forme sonore et motrice d’un mot. ». Nous avons été personnellement intéressé par les exercices faits avec les caches automatiques ou manuels, avec des mots ; par exemple, faire défiler un mot de droite à gauche, de façon assez rapide et dans une fenêtre peu large oblige l’enfant à une analyse spécifique tout à fait intéressante.
Il y a donc au-delà de la neuro-vision (et surtout de l’aphasie) des pistes très utiles à creuser ou à inventer avec ce logiciel.
Ed. ADEPRIO, 1998,