Actualité de l'orthophonie et des orthophonistes francophones

Publié le 12 mars 2006 | Logiciels
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Ce logiciel n’est pas de prime jeunesse. Mais d’une part, un article récemment présenté dans notre revue y faisait référence, d’autre part, il constitue une approche spécifique mais sérieuse... qu’on ne peut guère ignorer.

Sous ce joli nom se cache un redoutable outil de travail en matière de lecture.

Car ELSA signifie en fait : « Entraînement à la Lecture Savante ».

Avant de vous présenter les différents modules, il faut absolument connaître la filiation de ce logiciel. Ce produit est issu de l’AFL, « Association Française pour la Lecture », dont les principales thèses peuvent être lues dans les ouvrages de Mr Foucambert. A vrai dire, la poussée des cognitivistes, soulignée dans l’article de J. Fijalkow, présenté dans ce numéro, a envoyé dans l’ombre cette famille de pensée, qui était si présente, voire dominante dans certaines écoles, il y a une vingtaine d’années. Ainsi en va des théories...et des pratiques...

Si je peux me permettre de schématiser, l’AFL repose sur le concept énoncé par Foucambert en 1976 : « La lecture est une pratique sociale avant d’être une pratique scolaire ».Il s’agit donc de mettre en avant d’une part l’objectif de la lecture, à savoir l’appréhension de toutes sortes de documents en situation réelle, d’autre part la démarche d’apprentissage qui doit privilégier la compréhension sur le déchiffrage. Ce dernier point sous-entend une gamme de stratégies et donc une série d’exercices bien différents de ce qui se pratique habituellement dans l’apprentissage comme en témoigne ce logiciel. Un des parti-pris repose sur la notion de « compétences remarquables ». Vous avez peut-être déjà entendu parler de cette classification des aptitudes de compréhension de la lecture par les instances pédagogiques officielles. Lors de l’évaluation de 6 ème , les élèves sont classés en quatre catégories : 20% n’ont aucune compétence en lecture, 30% n’ont que les compétences de base, 30% ont des compétences approfondies, c’est-à-dire qu’ils comprennent bien tout ce qui est écrit, mais pas au-delà et les 20 derniers % ont des compétences remarquables, car ils sont capables d’accéder à l’implicite du texte et d’aller jusqu’aux intentions de l’auteur.

La thèse de l’AFL est qu’on ne peut vraiment parler de lecture que dans ce dernier type de compétences et que pour TOUS les enfants (et adultes) en difficulté, l’apprentissage doit obligatoirement passer par ce niveau. Il y a donc une attitude particulière « en forme de pari sur l’intelligence » qui sous-tend, et l’action de l’AFL, et ce logiciel. Et on semble bien loin, d’une part des propositions thérapeutiques actuelles, d’autre part des contraintes des enfants en difficulté.

Selon les concepteurs, l’utilisation de cet outil doit se faire de façon régulière et organisée, à raison de 20 minutes tous les 2 ou 3 jours, et cela sur 35 à 40 semaines étalées sur 5 mois, ce qui représente entre 12 et 15 heures de travail. Bien entendu, l’AFL repose avant tout sur le système scolaire, mais il est bien précisé que l’utilisation doit être individuelle.

Mais voyons comment se présente le logiciel. A dire vrai, nous n’avons eu en main qu’un cédérom de démonstration. Mais il présente les mêmes caractéristiques que le logiciel vendu, si ce n’est qu’on ne peut ajouter que deux utilisateurs. Cela permet toutefois (puisque tous les modules sont disponibles) de se faire une idée très correcte du produit.

Le passage non obligé techniquement, mais incontournable dans l’esprit, est une évaluation du niveau du lecteur. Il faut donc réaliser une évaluation préalable, suivie de réévaluations régulières. Il y a d’abord un texte à lire, dans le meilleur temps possible, mais en privilégiant la compréhension. En effet, une batterie de « questions » suit la lecture. Les premières portent sur le contenu, mais d’autres s’intéressent à l’implicite du texte et au « regard » que l’on peut y porter. A titre d’exemple, dans un premier temps, on demande par exemple de choisir l’étiquette qui correspond à « la suite » ou qui « n’a absolument aucun rapport ». Puis on demande de choisir l’étiquette qui « résume le texte », celle qui est « un extrait du texte », celle qui constitue « une analyse critique du texte » ou encore qui est « une réaction de lecteur ». Plus en avant, on demande quelle étiquette « propose un jeu de mots », ou « donne un avis sur le texte »...Les choix sont tous affichés (avec des intrus..) mais la décision est loin d’être évidente ! Suit un tableau montrant la vitesse de lecture, la compréhension et donc l’efficacité. Chaque nouvelle évaluation (avec un choix de textes très différents) s’inscrit dans le graphique permettant d’apprécier la progression de l’enfant ou de l’adulte.

A la suite de cette évaluation, 6 modules d’exercices sont proposés :

• Recherche d’un mot-signal dans une liste de mots.

Il y a plusieurs étapes dans ce module. Tout d’abord, on propose un mot-cible, qui doit être retrouvé (ou non) dans une liste de mots, affichés de façon (très, très) brève. Puis le mot-cible est proposé après la lecture. Selon les résultats, l’empan est agrandi, passant jusqu’à une douzaine de syllabes et pour terminer c’est la vitesse qui augmente, transformant la vision du mot en simple flash.

• Elargissement de l’empan de lecture.

Un texte pleine page est proposé...tramé en silhouette ! Des blocs de mots, correspondant à des empans, apparaissent de façon nette pendant un temps très court (autour de 0,2 s.). C’est le programme qui décide, selon vos résultats, de la taille des empans et du temps de présentation. Après « lecture », on doit répondre à des questions illustrant une bonne compréhension du style : « « On lit ce texte parce que : 1/on aime les histoires, 2/on prépare un voyage, 3/on veut élever un perroquet (NDLR : il s’agissait de l’histoire d’un perroquet qui rêvait de voyager et c’est le 1/ qu’il fallait choisir. Les résultats sont très détaillés, mais l’exercice est délicat.

• Mot-signal versus mot synonyme dans une liste de mots.

Un mot ou un groupe de mots est proposé comme « signal ». Puis plusieurs items s’affichent de façon très brève (environ 0,2 s.). Certains sont identiques au signal, d’autres sont des synonymes, d’autres sont différents. On utilise les deux boutons de la souris (gauche pour mot identique, droit pour synonyme).

• Recherche d’informations dans un texte parcouru.

Un texte est affiché durant un temps trop court pour le lire normalement (15 à 20 sec. pour deux pages). Il faut donc explorer ce texte c’est-à-dire à la fois repérer des informations pertinentes et apprécier son déroulement en paragraphes. On revient ensuite au texte pour répondre à des questions, mais avec un temps de réponse court qui nécessite une bonne « première lecture-exploration ». Certaines questions sont très précises et imposent de cliquer sur un mot exact dans le texte, d’autres concernent la définition d’un paragraphe entier sous forme de QCM.

• Anticipation de mots dans un texte (« suppléance mentale »).

Un texte est « normalement » présenté. Puis on doit trouver des mots dans des phrases qui constituent la suite, et cela uniquement par rapport au contexte. Cela fait tout de même un peu devinette, mais il y a plusieurs facilitations pour éviter trop d’échecs. Par exemple, les quatre mots suivants sont indiqués, ou bien la nature du mot, ou son genre, ou un synonyme, ou sa silhouette. Bref, grâce à tout cela, on parvient à trouver quelques mots...

• Lecture en flou.

Un texte est tramé en silhouette (donc illisible !!). Seuls quelques mots écrits en bleu et en net...sont lisibles. A partir de ces indices, le lecteur doit formuler des hypothèses permettant de répondre à un QCM (par exemple, le titre du texte, le résumé, l’auteur, des mots-clés...). Le texte est proposé trois fois avec les mêmes questions mais avec des « mots nets » différents.

Vous savez donc tout, ou presque, sur le fonctionnement de ce logiciel. Reste à connaître son réel intérêt et sa cible thérapeutique.

De toute évidence, plusieurs modules sont très intéressants dans leur conception. Il y a à la fois une maîtrise évidente des concepts et une application logicielle sans faille. La possibilité d’obtenir des résultats très précis et le paramétrage des temps et des empans par le logiciel lui-même constituent assurément des atouts. Bref, ce logiciel est excellent...sauf qu’il est très difficile de l’utiliser en rééducation. Car, que l’on soit ou non adepte des théories de Foucambert, on est ici en pleine lecture experte. Et ceci ne constitue sans doute pas notre travail quotidien !! La difficulté des exercices est réelle d’autant que le temps joue un rôle important.

Ce logiciel s’adresse à notre sens plutôt à des adolescents, dyslexiques bien rééduqués ou bien compensés. La cible est donc très mince et l’achat ne se justifie guère que si l’on travaille régulièrement avec ce type de clientèle (et dans ce cas, le logiciel est un must).. Il s’adresse difficilement à des cérébro-lésés sauf peut-être à des traumatisés crâniens en bonne récupération, puisque la prise d’indices, le choix de stratégies et l’anticipation sont des données cardinales du logiciel.

Pour en savoir plus :

A.F.L. (Association française pour la Lecture) 65 rue des Cités - 93308 AUBERVILLIERS Cedex Tel : 01-48-11-02-30 site web : www.lecture.org . Email : af.lecture@wanadoo.fr . Le prix du logiciel est inférieur à 150 euros.


Référence:

A.F.L. (Association française pour la Lecture)