Publié le 1er février 2006 |
Logiciels

Le rôle de la conscience phonologique et de la mémoire de travail n’est plus à démontrer.
Depuis les nombreux travaux menant à ces conclusions, les méthodes analytiques sont en général préférées aux globales. Pourtant, malgré cette démarche, l’apprentissage reste difficile voire impossible pour un nombre non négligeable d’enfants dyslexiques et dysphasiques.
D’où la création par Dominique GARNIER-LASEK, orthophoniste, d’une méthode de lecture par imprégnation syllabique qu’elle a élaborée dans les services du Docteur Truscelli puis du docteur Billard.
Cette méthode se présente sous la forme d’un cédérom.
Pourquoi ce choix d’un travail à partir de la syllabe ?
L’auteur est parti de deux constats :
• La méthode globale fait appel au visuel. L’enfant va repérer les hampes, les jambages, la longueur du mot... mais comme il va alors développer une approche plutôt logographique et ne pas considérer les lettres dans leur enchaînement ce qui permettrait d’activer la reconnaissance dans le lexique orthographique, les confusions vont être nombreuses et le déchiffrage peu efficace.
• La méthode analytique qui nécessite le découpage du mot en phonèmes surcharge la mémoire de travail : phonèmes successifs, puis mémorisation et fusion pour l’obtention de la première syllabe, qu’il faut alors stocker, traitement phonème par phonème de la deuxième syllabe, rappel de la première, fusion, stockage.... Or la mémoire de travail est souvent difficile chez ces enfants.
La méthode par imprégnation syllabique et assemblage syllabique doit permettre de diminuer les efforts mnésiques en ne passant pas par le phonème.
La syllabe est le « pivot central de notre langue » ( selon Boisson-Bardies). Elle est plus facile à isoler car on la repère mieux que le phonème au niveau acoustique et on évite en travaillant sa préhension directe les complications et les erreurs que risquent d’entraîner une conversion grapho-phonémique systématique. D’autant que les enfants dyslexiques et dysphasiques ont tendance à traiter deux graphèmes comme une syllabe, d’où de nombreux problèmes pour les groupes multigraphes.
Il faut d’abord travailler à l’automatisation de la syllabe. Au début, l’enfant répète après l’orthophoniste ; en même temps on travaille les syllabes en mémory, en loto. On ne dit jamais [p] et [a] font [pa].

L’aide active des parents est sollicitée, c’est avec eux que les enfants doivent lire tous les jours un ou deux tableaux (qui au début ne sont pas « sémantisés ») en y consacrant moins de dix minutes. Il y a plusieurs tableaux dans chaque niveau et plusieurs niveaux de plus en plus complexes. Des moyens de facilitation existent selon les niveaux et ils sont abandonnés dès qu’il y a automatisation : travail en colonne (avec attaque constante) ou en ligne (avec rime constante), utilisation de couleurs pour les groupes multigraphes, utilisation de couleurs pour les premiers mots (avec alternance de rouge et de bleu pour chaque syllabe et de gris pour les lettres muettes), taille des graphèmes...

Très vite, des mots isolés de difficulté équivalente au niveau de la complexité des syllabes travaillées sont proposés. Puis ce sont des textes avec toujours utilisation puis disparition progressive des moyens de facilitation pour arriver à la présentation classique du texte : rouge et bleu pour marquer la syllabe, noir pour les mots fonctionnels et les mots redondants afin de favoriser l’accès au mot par la voie directe sur la base d’un lexique orthographique.
Les mots irréguliers sont soulignés et il est expliqué à l’enfant qu’ils ne se lisent pas comme ils s’écrivent et que, par conséquent, il faut les connaître « par cœur ».
Cette méthode a pour corollaires indispensables :
• Un travail de la conscience phonologique qui, bien sûr, doit se situer sur la base de la syllabe (segmentation de syllabes avec des jetons, reconnaissance de syllabes identiques dans les mots, inversions de syllabes, suppression de syllabes...).
• Un travail de la transcription basé également sur la syllabe et qui utilise les mêmes formes de codage qu’en lecture.
Les gestes Borel-Maisonny sont utilisés en complément si nécessaire pour les enfants ayant des difficulté perceptives sur certains phonèmes/graphèmes.
Il s’agit là d’une méthode qui parait bien intéressante tant il est vrai que l’on trouve que l’on trouve des enfants dont la lenteur de lecture est problématique ; et le petit prix de cet outils (30 euros) peut permettre à beaucoup d’entre nous de tester ses effets sur ces jeunes patients.
Au delà de la spécificité de l’approche (à laquelle on peut ou non adhérer selon sa propre vision des troubles et de leur traitement), il faut noter l’originalité du support. Plutôt qu’un grand classeur parfois malcommode et encombrant (et sans doute bien plus onéreux pour l’édition et la diffusion), l’éditeur a choisi un support « moderne » à savoir cédérom. Mais il ne s’agit pas d’un « logiciel » autonome, comme ce qui est proposé par nos habituels éditeurs GERIP ou ADEPRIO. Il s’agit de tableaux qui nécessitent obligatoirement d’avoir le traitement de texte WORD installé sur son ordinateur. Ce qui est sans doute le cas de la plupart d’entre nous et qui d’ailleurs peut être contourné par une version de travail ajoutée au cédérom. On entre par un sommaire général, et par un simple clic, vous accédez (comme sur Internet) à la page que vous souhaitez. Très facile, très rapide...bref une bonne idée de présentation
Ed. Ortho Edition, 2002 , 30 euros