Actualité de l'orthophonie et des orthophonistes francophones

Publié le 11 mars 2006 | Logiciels
Enregistrer au format PDF


Mais où vont-ils chercher leurs idées ? Chaque trimestre (ou presque), les insatiables créateurs du GERIP apportent sur le marché orthophonique un produit nouveau. Sans doute, et c’est bien normal, la qualité varie au gré des livraisons, mais l’ensemble forme en définitive une panoplie très complète de ce que l’on peut travailler en rééducation. Du moins si l’on est adepte de l’informatique comme vecteur d’apprentissage et de concentration. Les avis sont bien sûr partagés, certains ne jurant que par le papier-crayon et les imagiers remis à la mode, d’autres préférant le support des logiciels plus aptes à maintenir la motivation. A chacun ses goûts, car il n’y a sans doute pas, sauf pour les plus obsédés qui confondent outils et cohérence thérapeutique, de véritable division dans la profession.

Mais arrêtons net ce verbiage et venons en à ce nouveau produit, le L.E.C. Le LEC s’intéresse avant tout au langage oral et à son enrichissement syntaxique et lexical. Toutefois, dans la mesure où tous les items peuvent être écrits (et non pas dits), il est également possible de travailler en compréhension du langage écrit.

Comme c’est toujours le cas avec le GERIP, l’entrée en matière consiste à choisir ses paramétrages. Rappelons (comme à chaque fois mais on oublie parfois...) que ces paramétrages n’ont pas pour objet d’embêter l’orthophoniste devant son écran, mais plutôt de cibler au mieux en fonction du niveau et de l’âge d’un enfant, et en fonction de sa progression dans les exercices. Par exemple, on a le choix entre 5/10/maximum pour le nombre d’items proposés, ou 2/3 ou 4 réponses ce qui accroît la complexité. On peut présenter les items oralement ou par écrit, voire les deux, en fonction du type d’intervention. On peut enfin désactiver le score (ce qui ne présente qu’un intérêt moyen puisque la réussite ou l’échec sont clairement indiqués à chaque exercice) et l’animation (ce qui est un véritable bienfait pour l’orthophoniste au moins !).

5 modules composent le LEC :

• Mots interrogatifs

• Verbes

• Déterminants Mots-Outils

• Syntaxe

• Compréhension

• Mots interrogatifs.

Cet exercice nous a semblé particulièrement intéressant. Dans la version « écrit » on voit une photo (ici deux enfants dont un garçon avec des clés se tenant devant une porte), une question (par exemple « Que donne-t-il ? » et quatre réponses possibles (Il les donne à la fille, Elle va ouvrir la porte, il donne les clés, parce qu’il est trop petit pour atteindre la serrure). Bien sûr, à l’oral, on entend les mêmes phrases. L’item suivant reprend les mêmes réponses mais la question change ( Que va-t-elle faire ? ou Pourquoi donne-t-il les clés ?). On est ici en pleine compréhension fine, ce qui reste une difficulté importante pour beaucoup d’enfants, apparemment maître de leur langage par ailleurs.

2. Verbes

L’impression est moins bonne que précédemment. Le sous-module « Pluriels irréguliers » s’intéresse en fait aux notions de genre et de nombre. Celui qui concerne les « verbes confondus » ne semble pas de façon générale très décisif (peut-on vraiment confondre « il se coupe le doigt » et « il coupe le pain » sauf dans un moment d’égarement ou dans un trouble apraxique important ?). Par contre le sous-module « Passé/présent/futur » fonctionne bien, et c’est d ‘autant plus appréciable que le trouble n’est pas rare. On voit par exemple l’image d’un enfant avec la phrase « Il est prêt. Maintenant... » et trois possibilités « Il sort de la maison, il est sorti de la maison, il sortira de la maison ».

3. Déterminants mots-outils

Les quatre sous-modules concernent les éléments suivants :

• aux, au, à la (par exemple « elle donne à manger »......à la poule, au poule, aux poule s

• Du, de la, de l’, au (par exemple « il sort »....de la jardin, au jardin,du jardin, )

• Ma, mon, mes

• Ce, cet, cette , ces

Rien d’extraordinaire ici, sans doute parce que ces troubles ne sont pas les plus problématiques et ne nécessitent peut-être pas un entraînement spécifique, mais davantage un travail en contexte.

4. Syntaxe

Ici on entre dans des difficultés complexes de langage oral avec des petits mots qui font basculer le sens et la cohérence.

Ainsi « Lucas est tombé » avec trois réponses possibles : parce qu’il.., mais il.., donc il.... « n’a pas mal » . Pas évident pour les petits...et même pas mal de plus grands.

5 . Compréhension

L’ensemble de ce module est intéressant qu’il s’agisse des adjectifs indéfinis (tous, quelques..), des pronoms complément ou du vocabulaire logico-mathématique.

Par exemple dans le premier sous-module, il y a, photo de 5 enfants à l’appui, une affirmation « Quelques enfants ont une fleur » et deux réponses « vrai/faux ». Ou encore « Toutes les filles ont une fleur » ou « Plusieurs enfants ont un bonnet ». La maîtrise de ce vocabulaire est importante pour les enfants.

Un autre exemple à propos des compléments, à réserver toutefois aux plus grands.... « Julien prête deux livres à ses copains » avec quatre possibilités de réponses : « il les leur prête », « il le lui prête », il le leur prête » ou « il les lui prête »....

A propos du vocabulaire, il est vraiment dommage de mélanger les notions fondamentales (autant, assez, peu, pas...) avec les termes de mesure (kilo, litre) qui n’ont rien à faire ici car il s’agit de connaissances scolaires et non de concepts langagiers.

Au total, une bonne masse de possibilités dans un domaine où l’informatique n’est pas toujours à son aise. Bien sûr ceci ne suffira pas à réduire un retard de langage, mais cela peut servir de point de départ pour tel ou tel trouble, ou d’exercice après un travail strictement oral. Et comme souvent un cédérom ne peut pas tout faire tout seul, mais il peut contribuer au travail du thérapeute et à la motivation de l’enfant. C’est déjà pas mal....


Référence:

GERIP, 2002