Actualité de l'orthophonie et des orthophonistes francophones

Publié le 6 avril 2006 | Logiciels
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Pour un bon logiciel, c’est un bon logiciel....Quoique....

Commençons par le maniement du logiciel : simple d’installation, simple et efficace d’utilisation. Et cela est d’importance car, au quotidien de la rééducation, une ergonomie mal faite ou trop complexe sera rapidement dissuasive.

Après les inévitables pages « publicitaires », la page d’accueil s’affiche avec ses 12 modules.

Parmi les options de base, la présence ou non d’une animation, le temps de base de l’affichage d’un énoncé et le réglage du niveau sonore des énoncés oraux. A ce sujet, une quatrième option aurait été salutaire : supprimer la musique de fond... En effet, une jolie musique est bien trop présente, empêchant une écoute correcte lorsqu’on choisit d’utiliser les énoncés oraux.

Deux autres options nous sembleraient bien utiles :

• la suppression du score et de la page des résultats. En effet ce logiciel peut être utilisé aussi bien avec des enfants, des adolescents ou des adultes. Et dans ces deux derniers cas (et même avec des plus jeunes), il est souvent préférable de ne pas faire apparaître les résultats pour éviter le sentiment d’échec.

• L’impression de la page des résultats avec les différents items. En effet, ceci permettrait, sans prendre de notes annexes, de repérer points forts et faibles du patient.

Et pour terminer en matière d’ergonomie, la couleur du fond des énoncés, alliée à la petitesse des caractères, font que certaines phrases sont quasiment illisibles. Cette modification nous semble très urgente car elle nuit réellement à la réalisation de quelques exercices.

Terminons sur ce sujet par les bizarres fonctions attribuées à la touche « Entrée » (qui vous ramène au tableau d’accueil) et à la touche « Echap » qui vous fait sortir illico presto du logiciel. Ce n’est guère l’habitude dans les logiciels et ceci est déroutant d’autant qu’aucune confirmation n’est demandée.

Ces remarques de forme étant faites, passons à l’essentiel, c’est-à-dire à l’utilisation d’un des douze modules :

1.Poubelle & Trésor

Il s’agit de décider si les items proposés sont justes ou non. Il y a 7 modules, certains avec deux niveaux de difficulté.

Le premier module « déformations » vous proposera des mots tordus, du genre « amproule ou radioteur », hélas écrits si petits que l’erreur est possible pour chacun.

Il y a ensuite un module « omission syntaxique ». Par exemple, « Que fait tout à l’heure ? » ou « il passera le chiffon la fenêtre ».

Le module 3 traite de « l’accord déterminant-nom ». Pittoresque choix des items avec un « l’heure jardin » qui stupéfait plus d’un patient... « la vare » laisse également pantois. Et malheureusement, il est impossible d’ajouter ses propres créations et on doit donc se plier aux choix des créateurs. Dommage, vraiment dommage alors qu’il est si simple de proposer un petit module de création d’items qui permet d’adapter le logiciel, et aux différents patients, et à sa propre façon de percevoir et d’analyser les troubles.

Le module 4 est celui des « homophones grammaticaux » (ils ne sont d’ailleurs pas tous grammaticaux (comme « ganié » ou « reprand ») avec comme exemple « C’est comme sa quelle doigt travailler ».

Module 5 = « erreurs phonétiques » comme « maison à ventre » ou « tomdé sur la tête ».

Le module 6 s’intéresse aux « fautes d’usage ». Ici encore le choix des mots rend perplexe et fait amèrement regretter l’impossibilité de faire ses propres créations. « méroux » ne s’écrit pas ainsi, mais quel enfant connaît l’orthographe de ce mot voire le mot lui-même... « maroquinnerie » n’a sans doute qu’un « n », mais cela ne choque guère la plupart des patients « normaux en lecture ».

Le module 7 = « erreur sémantique ». Il s’agit de phrases pas très courtes du genre « elle s’est brûlée en mangeant une glace ».

2. Dialogues

Ce deuxième module concerne la compréhension de la lecture et constitue un excellent préalable à l’acquisition du raisonnement chez l’enfant.

Une courte phrase plus ou moins complexe accompagnée d’une question est proposée. Il y a trois possibilités de réponses : soit la réponse est donnée dans la phrase, soit la réponse est impossible, soit il y a des indices permettant de bâtir une réponse.

Prenons quelques exemples :

La phrase : « Dans ma classe, on fait des dictées tous les deux jours du mois de février avec 100 mots à chaque fois » La question « Combien écrit-on de mots dans cette classe au mois de février ». Il s’agit donc de la troisième possibilité, avec indices.

La phrase : « Je joue à la belote marseillaise avec mes amis » et la question « Combien y a-t-il de cartes dans un jeu de belote » (officiellement pas de réponse possible) m’a valu la réplique suivante de la part d’un patient adulte. « Tout le monde sait qu’il y a 32 cartes pour la belote... »...

Quelques phrases vraiment absurdes (ex : « une vache de 280 kg mangée par un enfant ») peuvent amuser le patient...ou perturber sa réflexion...

3. La Maison de Lucie

Il s’agit de consignes. Dans quelle pièce (il y en a quatre) se trouvera Lucie lorsqu’elle aura effectué les actions des consignes proposées ? Pas toujours facile car il y a plusieurs informations à gérer, qu’il ne faut pas être parasité par la place de la consigne et que le temps des verbes peut être déterminant.

Par exemple : « Lucie se brosse les dents après avoir pris son petit déjeuner » ou bien « Lucie change les draps avant de se laver les dents »..

Comme le module précédent, il s’agit d’un excellent exercice.

4. A chacun son langage

Il s’agit d’indiquer le niveau de langage (familier, courant, sophistiqué) de phrases proposées. A dire vrai, nous n’avons pas vu l’intérêt d’un tel exercice en rééducation orthophonique.

5. Point, virgule

Ce module comporte trois exercices :

• différencier deux phrases écrites, sur la base d’une ponctuation modifiant « sensiblement » le sens (et sans que la majuscule soit présente). Ex : « Il a les yeux bleus comme sa mère. Il a aussi une barbe. » ou « Il a les yeux bleus. Comme sa mère, il a aussi une barbe . » ou bien « La grand-mère cuisinait sur une moto. Son fils arrive » ou bien...on vous laisse trouver !

• La ponctuation des phrases. Classique et bien moins intéressant.

• Vrai ou faux (seul exercice uniquement oral). Le patient doit repérer l’intonation qui permet de considérer comme erronée la phrase suivante : « Le mouton, passionné de lecture//le berger lisait ».

6. Les moutons

Trois moutons et une phrase pour trouver le bon. « Le mouton vert n’est pas devant le mouton bleu » ou bien « le mouton vert n’est ni devant ni au milieu ».

7. Mémo-tri

Il s’agit de choisir trois images en fonction d’une demande. Il y a deux niveaux et le plus facile ne présente guère d’intérêt : les trois images s’affichent puis disparaissent. Il faut retrouver les bonnes cases. Au niveau plus complexe, on demande par exemple des aliments, ou des animaux. Le patient doit donc faire un double traitement : choix des trois cases puis rétention de leur position. L’exercice est encore plus intéressant si l’énoncé est oral.

Rappelons d’ailleurs qu’une des options permet de choisir entre : énoncé écrit toujours présent, ou s’effaçant au bout de x secondes, ou bien un énoncé oral uniquement. Ce qui permet de bien adapter l’exercice au patient et à son évolution.

8. Bric à brac

Il faut trouver le dessin correspondant à l’ énoncé de l’étiquette. Pratiquement aucune erreur possible et donc un exercice passablement inutile.

9. Les clowns

Le patient doit déterminer si la phrase a un sens positif ou négatif. En fait, il s’agit d’apprécier le sens « moral » de certaines phrases et l’ambiguité avec la notion grammaticale de négation est très présente. Une phrase du type « Mon frère ne pense pas avoir perdu son temps » est souvent appréciée négativement (car vue sur un plan syntaxique) alors que « J’ai beaucoup trop mangé ! » est considéré comme positif par beaucoup de personnes.

10. Les Poules

Un peu le même style que « Les Moutons ». Il s’agit d’énoncés syntaxico-sémantiques complexes mais en général assez faciles pour les enfants. Ex : « Où y a-t-il trois poules mais seulement deux couleurs » (NDLR : deux poules ont la même couleur !!))

11. Les choix de Ben

Il s’agit d’un exercice de catégorisation sémantique.

Au niveau facile, un mot à placer dans une catégorie. Il y a quatre catégories : le mobilier (représenté par une image de maison, ce qui perturbe les enfants devant ce mot peu usité), les transports, les aliments et les animaux (représentés par une arche de Noé, ce qui crée une ambiguité avec les transports).

Le niveau difficile propose des phrases, plus ou moins complexes de « j’ai deux roues » à « je réfléchis beaucoup » pour un....... ??. Un certain nombre d’énoncés sont intentionnellement ambiguës. Par exemple « Je suis le régal des escargots » qui renvoie à la catégorie « aliments » et non « animaux » ou bien « je me pose sur le toit de la maison » (où l’enfant a tendance à choisir la catégorie mobilier).

12. Voyage dans les temps

Il faut classer des phrases au futur, présent ou passé. Ici encore, l’ambiguité pose problème à de nombreux patients : « A partir de maintenant, vous ferez la vaisselle tous les soirs » est souvent perçu comme au présent (à cause du « maintenant »). Ou bien « Il m’a dit qu’il fera un effort » = passé.

Il y a bien par ci par là des imperfections mais l’ensemble est très bien fait, simple d’utilisation et intéressant. A la différence de la plupart des logiciels de rééducation classique, « La Bonne Case » ne cible pas un déficit spécifique. Il peut donc être utilisé avec plusieurs publics, ce qui impose de bien le connaître préalablement afin de l’utiliser au mieux de ses capacités.

Mais quel dommage qu’il ne soit pas ouvert. On a vite fait le tour des items proposés et on aurait bien envie d’en ajouter d’autres ou d’en changer certains. Adapter un logiciel, c’est nécessaire pour le faire convenir à chaque cas mais aussi pour le faire correspondre à sa propre façon de percevoir la rééducation. Alors , monsieur et madame de la Bonne Case , pour 5 francs de plus, vous pouvez l’ouvrir.. et ce sera alors parfait.

Voici une autre « critique » par une personne qui possède aussi la version « papier » de ce même logiciel (Ed. Ortho-Edition)

Pour qui connaît la boite de jeu « la bonne case », pas de surprise, on reste en terrain connu : les graphismes agréables, colorés, sont les mêmes, les personnages (Lucie, clowns, poules, moutons) et situations (poubelles, perchoirs, appartement) également.

Comme sa version carton, ce jeu propose différentes activités de compréhension de lecture (mais l’orthophoniste peut bien sûr travailler la compréhension orale en lisant les énoncés à son patient), faisant appel aussi bien à l’orientation spatiale et temporelle, le jugement critique, l’attention visuelle par exemple.

On a cependant ajouté des activités nouvelles, par exemple :

• Choix de Ben, un exercice de classification

• Point-virgule, un travail sur la ponctuation et le sens des phrases

• Voyage dans les temps, distinction entre passé/présent/futur

Ceci bien sûr augmente la diversité mais aussi peut-être la disparité entre les exercices. Certains en effet sont très (trop ?) faciles comme le niveau 1 du choix de Ben (il s’agit de classer des mots en 4 catégories : véhicules, animaux etc.), d’autres extrêmement difficiles (point virgule : il s’agit de repérer les erreurs de sens qu’implique un changement de place de la ponctuation), voire discutables ( A chacun son langage : classement des phrases en langage familier, courant et soutenu). Difficile de savoir exactement à qui s’adresse ce logiciel. Mais ce pourrait être un atout, s’il y avait la possibilité d’entrer ses propres exercices.

La sonorisation est parfois étrange (« on dirait des bruits d’estomac ») mais peut aussi être appréciée (« elle est belle la musique ! » me dit ce mélomane). Quant à moi, je la trouve souvent trop présente, gênant la concentration. Même chose pour quelques animations, au cours de l’exercice : dans l’exercice des poules, un œuf tombe, de temps en temps ; « mais je veux l’attraper » me dit mon patient, oubliant complètement de lire les phrases qui constituent l’exercice.

Sauf erreur de ma part, il n’y a pas de possibilité d’enregistrer une partie, de reprendre une partie non terminée, ni même de sortir du jeu avant la fin si on a fait une erreur de choix. Enfin, quel dommage que ce ne soit pas un logiciel ouvert : pour chaque exercice, on a vite fait le tour des phrases proposées. Et cela est encore plus vrai quand on a déjà la version du jeu classique : les enfants reconnaissent les mêmes phrases !

Une bonne idée de logiciel, mais des modifications à envisager pour une deuxième version éventuelle .


Référence:

2000, 495 FF