Publié le 6 avril 2006 |
Logiciels

Il y a des logiciels à visée rééducative, conçus par des orthophonistes associés à des informaticiens ; il y a des logiciels « éducatifs », fruits de grandes entreprises aux moyens techniques et publicitaires considérables et dans lequel la forme déborde largement sur le contenu. Et puis il y a ce logiciel, créé par un enseignant de province lointaine, distribué en shareware et « pourtant » tout à fait intéressant pour nous.
Un mot sur le système de distribution de ce logiciel : sur demande, vous recevez le cédérom, vous l’essayez et s’il vous plaît (et il vous plaira...) et que donc vous l’utilisez régulièrement, vous allez payer des droits d’utilisation. Ce système est souvent utilisé par des créateurs pour faire connaître leurs produits sans risque financier ou pour tester une première version. Il est bien sûr nécessaire pour préserver cette forme de « vente » originale et pour accorder des droits d’auteur de respecter le versement de cette redevance, toujours minime (ici 90FF pour les particuliers et 150FF pour les institutions : une misère...)
Bien que conçu de façon artisanale, ce logiciel utilise de façon très utile les possibilités récentes de l’informatique, à savoir l’image et le son, le tout au service d’exercices bien ciblés par rapport aux objectifs pédagogiques.
1000 Mots s’adresse à des enfants du cycle 2 de l’Education Nationale (Grande Section Maternelle, CP et CE1), celui où se situe (où devrait se situer...) la maîtrise des mécanismes de lecture. Il est bien sûr destiné à des enfants « normaux », dans le cadre scolaire. Mais il trouve tout à fait sa place dans le travail orthophonique auprès d’enfants en difficulté.
Trois modules correspondent en fait aux trois étapes d’apprentissage : l’écoute, le déchiffrage et la combinatoire. Quatorze exercices sont proposés, tous basés sur un corpus oral/écrit/sonore/imagé de 1200 mots.
Concrètement, il s’agit d’abord de « paramétrer » le logiciel : choix d’un participant (on tape le nom d’un enfant) et niveau de travail (exercices pour GSM, CP ou CE1 ou bien exercices liés aux principales méthodes d’apprentissage de la lecture). Pour certains exercices, un deuxième choix de niveau (1,2 ou 3, correspondant souvent à un plus ou moins grand nombre d’items) est également possible. Les paramétrages, réalisés par quelques clics de souris, sont explicites et rapides. De même les indications lors des exercices sont facilement utilisables (« répéter la consigne », « série suivante »). Les résultats, conçus sous forme de palmiers d’une santé variable..., sont clairs. Un bilan peut être édité pour les maniaques.
Ces exercices d’écoute nous sont apparus particulièrement intéressants. Dans le cas le plus simple (entends-tu le son « ... » dans ces mots ?), plusieurs séries de photos sont proposées. A chaque clic sur une photo, le mot correspondant est prononcé. L’enfant doit indiquer s’il entend ou non le son cible. Pour cela, il a deux boutons à sa disposition sur l’écran : un dessin avec deux oreilles et un autre où les oreilles sont bouchées. Totalement explicite !
Certaines photos ne sont pas très reconnaissables, du fait de la qualité d’image, ou de l’angle de prise de vues ou bien parce que le sujet n’est pas connu. Mais le fait qu’un simple clic sur la photo déclenche à tout moment sa prononciation compense ce petit défaut « artisanal ».
Toujours en matière d’écoute, un deuxième exercice nous semble encore plus intéressant. Symbolisé par des petits ronds le long d’une flèche , la position d’un phonème doit être précisée après écoute dans les mêmes conditions que précédemment. Le phonème cible peut être en position initiale, médiane ou finale.
Le troisième exercice d’écoute reprend le même objectif, mais il faut ici choisir la « boite de syllabes » dans laquelle devrait être écrit le phonème-cible.
Une deuxième catégorie d’exercices concerne la reconnaissance, et s’appliquerait donc davantage au CP. Mais en fait l’évolution récente des grandes sections vers un véritable apprentissage de la lecture (avec les compliments pour la maîtresse qui vont avec...) permet et même nécessite d’aborder ces éléments dès 5 ans, tout en poursuivant dans notre profession vers des enfants (bien) plus âgés.
Comme il se doit...il y a un memory. Celui ci est bien court et assez peu utile d’autant qu’il y a des alternatives dans d’autres logiciels rééducatifs.
La « forme du mot » (que l’on nomme parfois la maison des mots ou la boite à mots ou...) est un exercice classique mais rapidement saturé en difficulté même pour des enfants dyslexiques.
Le « mot perdu dans la grille » est assez intéressant. L’enfant doit retrouver le modèle (niveau 1) ou trouver le mot énoncé (niveau 2). Il doit donc rechercher les lettres initiales mais aussi vérifier la suite du mot pour éviter une confusion avec un autre mot ou pour ne pas cliquer trop de lettres.
Le « mot perdu dans la page » pose à l’enfant deux types de difficultés : repérer le « bon » mot (qui est simplement énoncé au niveau 2) et le repérer plusieurs fois dans une sorte de fouillis de lettres. Comme pour tous les exercices, il faut au préalable choisir un son ou une graphie ce qui permet de travailler en fonction des difficultés de l’enfant.
Enfin deux autres exercices proposent de retrouver un mot dans une liste et de l’associer à une image.
Le troisième module s’intéresse à la combinatoire :
« Syllabe intruse » indique bien ce dont il s’agit. De même « lettre fausse ». Ces deux exercices ne posent guère de problèmes aux enfants.
Par contre, l’exercice « construis un mot » est plus délicat. Il faut en effet choisir les syllabes éparpillées pour bâtir deux ou trois mots, ce qui centre le travail sur la syllabe et non sur la lettre et qui oblige à percevoir et à analyser les différences de détail (é/è ou eil/euil....). dans le même genre, un exercice propose d’aller piocher dans des mots écrits les syllabes nécessaires à l’écriture d’un autre mot. L’intérêt est qu’il y a de très nombreux mots à bâtir et que la perception, l’apprentissage et la généralisation sont possibles.
Voici donc un logiciel que nous détournerons volontiers de son objectif premier, à savoir le travail scolaire, car il repose sur des bases bien pensées de l’apprentissage ET de la rémédiation de la lecture. Alors bravo Mr Campaner et désolé si vous êtes inondé de demandes d’orthophonistes.
Vous pourrez contacter l’auteur par courrier (n’oubliez pas un chèque de 90FF)
Jean Marc CAMPANER - 2 Impasse du Moulin - 70000 FROTEY-LES-VESOUL
J-M Campaner, 1996, 90 FF