Publié le 6 avril 2006 |
Logiciels

A dire vrai, la page de garde est un peu angoissante : un décor post-futuriste allié à des bruits d’outre-espace ou d’abysses océaniques. Le créateur sortait-il d’un cauchemar psychédélique ?
6 « hublots » constituent autant d’exercices possibles, auxquels s’ajoutent un bouton d’aide et une sorte d’œil pour quitter le logiciel.
L’écran de configuration reste assez constant au long des six exercices. Il est très minimaliste dans sa présentation mais contient et permet tous les choix possibles ce qui est bien sûr l’essentiel : les items sélectionnés, le nombre d’items à repérer, la couleur du fond et des items, le volume sonore, le choix de l’animation, la gestion des favoris. Certains autres choix varient selon les exercices.
1 - Défilé vertical
Il s’agit de retrouver des items identiques qui défilent...verticalement. Sans doute un exercice pour la rééducation des Japonais... Les items cibles sont toujours visibles et lorsque les items corrects arrivent face à eux, il suffit de cliquer. Ceci peut apparaître simple, mais les possibilités offertes par le paramétrage peuvent rendre les choses bien moins évidentes.
Il y a d’abord le nombre d’items à repérer : un item, ça va, quatre, bonjour les dégâts. Surtout si l’on a pris le temps de sélectionner précisément les items. Et c’est peut-être là la principale caractéristique du logiciel.
Il est donc possible d’affiner au plus près les items, au gré des difficultés des patients. Un enfant confond allègrement « on », « ou », « oi » voire « io ». Vous allez dans la configuration « ITEMS sélectionnés », vous choisissez minuscules, puis vous cliquez sur les items que vous souhaitez travailler. N’oubliez pas de désélectionner ceux choisis par défaut, simplement en cliquant dessus - idem si vous vous êtes trompés. Et dorénavant seuls « vos » items apparaîtront dans l’activité. Un autre enfant confond « é », « è », « ê » et « ë » (on le comprend un peu...,) et c’est aussi simple. Idem aussi avec les majuscules ou les chiffres. En fait TOUS les carcatères contenus dans votre ordinateur pourront être utilisés pour cette reconnaissance : un patient qui confondrait un igloo avec une tente d’indien, ou avec un château pourrait être rééduqué « précisément ». Une agnosie très spécifique sur la catégorie « animaux » serait vigoureusement combattue par le choix judicieux de certains dessins (hirondelle, aigle voire papillon ou libellule...). Plus sérieusement, la catégorie « spatial 1 » avec ses formes perversement très proches peut être choisie pour certains troubles. Par contre la finesse des maisons du « spatial 2 » tend à pousser au suicide les meilleurs patients...
Vous l’avez bien compris : la publicité ne ment pas. Les items peuvent être choisis avec une précision absolue. Mais hormis quelques cas neurologiques de type agnosiques ou attentionnels, tout cela est-il bien nécessaire pour des enfants dyslexiques ou des adultes aphasiques ?
Il est de même possible de choisir les couleurs des items et du fond. Bien sûr, colorer des items en jaune un peu clair sur fond jaune plus clair rend la tâche bien ardue...mais faut-il faire ressembler le bureau d’orthophonie à une annexe de la chambre de torture de l’Inquisition ?
La possibilité de choisir le sens du défilement est davantage utile, de même que la vitesse que l’on peut choisir avec précision, ce qui permet une progression bien contrôlée.
La « gestion des favoris » est particulièrement intéressante. En effet, il est souvent difficile de se souvenir (même en l’absence de démence précoce) des différents paramètres pour chaque patient. Ici, un système très simple permet d’enregistrer les paramètres pour chaque patient, voire pour chaque séance. Après avoir fait sa petite cuisine de configuration, il suffit de noter une référence dans la case adéquate (en haut à gauche) et de cliquer sur « Ajouter ». Lors d’une prochaine utilisation, il suffira de rechercher cette référence pour retrouver exactement vos paramètres. Et bien sûr vous pouvez modifier voire supprimer chaque référence pour ne pas encombrer le système. Beaucoup de temps de gagné mais aussi un meilleur suivi de rééducation.
Un mot pour les animations qui sont bien attrayantes : d’une part on peut choisir son animation (et bien sûr on peut ne pas en prendre...) et d’autre part elle n’a pas ce caractère automatique et rabâcheur que l’on trouve parfois. Il s’agit d’une sorte de petit tableau dont chaque case s’ouvre en cas de réussite, dévoilant peu à peu la totalité, et réservant (parfois) une petite animation (une vraie) en fin d’exercice réussi. Bien sûr ce n’est qu’un détail, mais les enfants apprécient bien cela.
2 - Le défilé horizontal.
Cela ressemble bien sûr assez à l’exercice précédent, mais ici on peut choisir jusqu’à 6 items à repérer ce qui n’est d’ailleurs pas toujours plus difficile que d’en repérer un seul. En effet lorsqu’il y a une longue série à repérer, on la retrouve souvent dans le défilement, alors qu’un item simple est davantage noyé dans la masse et apparaît moins régulièrement.
3 - Le quadrillage.
Il s’agit de retrouver un ou plusieurs items dans une série de cases formant « quadrillage ». On peut choisir de 1 à 4 items de référence et le quadrillage peut comporter de 4 à 16 cases. On peut également voir l’item de référence soit le faire disparaître (en cochant sur « appel des items ») pour obtenir une analyse en différé. Bien entendu la difficulté augmente très nettement lorsque l’on doit repérer plusieurs items complexes ou proches et lorsque le temps est compté. D’où l’intérêt de la « gestion des favoris » pour conserver le paramétrage individuel.
4 - Flash
Le nom est explicite : un modèle est choisi puis un item apparaît brièvement sur l’écran. S’il est identique au modèle, on clique, sinon....
Mais ici tout se complique sérieusement : d’abord parce que sans prévenir et sans qu’on l’ait demandé, le modèle change. Si cela avait pu être une bonne option, à la manière d’un célèbre test cognitif américain, c’est ici un élément de déstabilisation car l’objectif essentiel de l’exercice n’est absolument pas là.
De plus le paramétrage devient lourd : en plus du temps alloué à la réponse, au nombre d’items à repérer, aux couleurs et à l’animation (sans parler du choix des items..), il faut définir « le temps d’exposition de la cible », c’est-à-dire si le modèle va être toujours visible ou s’il va disparaître (au bout de 0,5 à 3 secondes) pour travailler en différé. Il faut aussi indiquer la zone d’affichage des items sur l’écran, sans doute pour travailler les négligences visuelles.
5 - XYZT
Sous ce nom barbare se cache un exercice assez proche du précédent. Un modèle apparaît et, au lieu de le reconnaître comme précédemment, il faut le reproduire en utilisant le clavier. On peut choisir le nombre d’items à mémoriser et le temps d’affichage.. et c’est tout... On peut donc mieux se concentrer sur l’exercice lui-même.
Deux remarques qui concernent d’ailleurs la totalité du logiciel sont à faire : d’une part il n’y a aucune référence au temps de réponse du sujet. On peut bien sûr paramétrer certains temps de défilement ou de réponse, mais on n’a aucune information sur le temps réel de réponse, sur sa progression et sur son homogénéité. Or ces informations sont souvent bien utiles pour évaluer la réussite autrement qu’en termes de +/- et pour apprécier les progrès.
Par ailleurs, on ne peut choisir que des items isolés (lettres, syllabes, chiffres, signes, dessins), ce qui limite l’intérêt avec des enfants dyslexiques ou des adultes alexiques par exemple. De ce fait certains exercices, comme le défilé horizontal où l’anticipation est reine, perdent un peu de leur force. Une petite ouverture du logiciel vers une possibilité d’ajouter quelques mots aurait été parfaite. Mais peut-être serions-nous dans une autre problématique de pathologie et de rééducation
6 - Memory
Sans doute l’exercice fétiche de beaucoup d’orthophonistes....On peut choisir le nombre d’items dans la grille (de 6 à 16 items) et le nombre d’items par carte. On peut aussi choisir de jouer à deux, ce qui renforce le niveau ludique de cet exercice classique.
STEFINEL, 1999,