Publié le 12 mars 2006 |
Logiciels

Après la télétrans, la télérééducation ? Sans doute les pays européens sont plus densément pourvus en orthophonistes et autres logopédistes que les Etats-Unis, mais il y a pourtant des patients qui ne peuvent bénéficier d’une intervention thérapeutique appropriée du fait de leur isolement géographique. C’est ce qui nous a incité à retenir cet article dans notre sélection trimestrielle.
Les auteurs rappellent d’abord les objectifs généraux et les moyens utilisés dans cette « télérehab ». L’idée est bien sûr d’améliorer l’offre de soins, non seulement pour les patients vivant dans des zones rurales, mais aussi pour ceux qui ont des problèmes de mobilité. Il s’agit aussi de baisser le coût des interventions thérapeutiques en minimisant les dépenses de transport ainsi que les complications médicales dues à ces déplacements.
Le terme est très récent (fin 1996), lié à l’apparition de nouveautés technologiques. Deux possibilités techniques existent :
• la première utilise le réseau téléphonique classique avec une installation de vidéophone. Le coût est alors modéré et la disponibilité est totale, y compris sur des longues distances. En revanche, les vitesses de transmission sont faibles et la qualité des sons et des images est limitée.
• La seconde emploie le système Internet, et plus spécifiquement la fonction de vidéoconférence. Mais une transmission « classique » (comme celle utilisée pour la télétrans, de l’ordre de 56 kbps) n’est pas suffisante et il faut avoir recours à des connections par le câble ou par l’ADSL. La bande passante est alors plus large et permet donc une excellente qualité des informations en même temps que les communications se font plus rapidement. De plus, il est possible, en passant par un ordinateur, de transmettre des fichiers, voire de partager des données ou des programmes.
Il est également possible de passer par d’autres systèmes que celui de la vidéoconférence. Par exemple, les informations peuvent être stockées (dans le disque dur de l’ordinateur ou sur un cédérom) et transmises ultérieurement. Cette technique, moins gourmande en puissance, permet l’utilisation de vitesses de transmission classiques.
L’utilisation des techniques de vidéoconférence en intervention orthophonique paraît particulièrement intéressantes et les premiers travaux sur ce sujet commencent à voir le jour. Les premières tentatives (comme celles de WERTZ) ont été faites par l’intermédiaire d’un simple téléphone en direction d’anciens combattants (n’oublions pas que la Guerre du Vietnam a donné « naissance » à de nombreuses lésions cérébrales..) soit pour une intervention classique puis une appréciation des progrès, soit pour pratiquer une guidance familiale.
Bien entendu, les progrès technologiques ont donné un essor important à ces approches, en particulier pour l’évaluation des troubles neurologiques dans les régions éloignées. Une étude a alors été entreprise pour comparer les résultats selon trois modalités d’évaluation : un classique face-à-face, un circuit fermé de télévision, un laser disque. Dans presque tous les cas, les performances des patients ainsi que le diagnostic des orthophonistes restaient identiques dans les trois modalités.
Une étude de 1997 (DUFFY) a utilisé la transmission audio et vidéo par satellite. 150 évaluations ont été réalisées associant des techniques visuelles et auditives en temps réel dans différents types de troubles (troubles de la parole et du langage).Ainsi, à distance, ont pu être réalisées des analyses de la taille, de la symétrie et de la mobilité de la mâchoire, de la langue et du palais de plusieurs patients mais aussi des tâches d’évaluation typiquement orthophoniques comme la lecture à haute voix ou la dénomination d’images. En plus de ce travail « en ligne » (en direct), les possibilités « off line » (par exemple des clips vidéo préalablement enregistrés) ont été investiguées. Au vu des résultats, les auteurs de cette étude ont considéré que les évaluations à distance étaient dignes de confiance. Et pouvaient donc constituer un moyen approprié d’évaluation.
Mais si de façon technique cette approche semble opérationnelle, il n’y a guère de travaux s’intéressant à la façon dont la télé rééducation peut être ressentie par les patients et comment elle peut influencer certains aspects de la communication. Ainsi , certains patients peuvent avoir une véritable phobie de la technologie. De même une certaine habitude dans l’utilisation de moyens analogues peut jouer un rôle.
Il était donc nécessaire de travailler sur cet aspect. Une recherche a été faite sur deux modalités de communication : une de façon traditionnelle, en situation duelle face à face (FF), l’autre en utilisant le télé rééducation (TR). Il s’est agi pour des patients ayant eu un AVC, touchés soit dans l’hémisphère droit, soit dans le gauche, de raconter des histoires qu’ils ont entendu, avec le support de trois images. La compréhension et la production ont été examinées de façon psychométrique. Dans le même temps des informations ont été recueillies concernant l’environnement du patient en matière de technologie , ce qui a permis d’esquisser un « score technologique » pour chaque patient.
On ne constate pas de différences entre le groupe FF et le groupe TR en ce qui concerne les résultats linguistiques. Par contre, plusieurs « AVC gauches » (donc porteurs de troubles du langage) ont indiqué qu’ils préféraient la méthode classique. Selon les auteurs, le face à face permet la prise en compte, en compréhension et en production, d’éléments non verbaux (expressions du visage, gestes...) qui facilitent la communication du patient aphasique. Certains patients préfèrent la TR car ils sont moins intimidés par l’orthophoniste ou parce qu’ils se sentent moins distraits. Mais notons que tous les patients accepteraient de travailler à nouveau avec la TR.
Un système original a été expérimenté par le « National Rehabilitation Hospital » sous le nom de RITA (remote interactive touchscreen assessment = évaluation interactive à distance par écran tactile). Il s’agit d’associer la télé rééducation classique à une base de données d’exercices. A tout moment, l’orthophoniste a accès à des exercices de rééducation qu’il peut administrer à distance à son patient. Celui-ci utilise un écran tactile avec son doigt, à la manière de son stylo pour un cahier. Le système est très intuitif, rapide et efficace, y compris pour des patients ayant des difficultés cognitives. Les exercices sont classiques : compréhension en lecture, complétion de phrases, désignation d’images, raisonnement, résolution de problèmes...). Dans une prochaine version, les résultats pourront être enregistrés pour chaque patient .
Il va de soi que ce système ne saurait être utile à tous et qu’il faudra sélectionner au coup par coup les candidats. Mais dans de nombreux cas, la télé rééducation peut permettre une plus grande facilité pour une intervention orthophonique, une plus grande fréquence et un moindre coût.
D. BRENNAN et coll.
Topics in Stroke Rehabilitation, 2002, vol.8, n°4